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Les Rats Conteurs ont fait des recherches dans les archives communales et paroissiales et ont découvert que l’auteur de la Vierge Noire à l’Enfant Blond était un certain Augustin Frêne, née à Mont-sur-Marchienne en 1752 et décédé en 1832.

Augustin après un long et mouvementé périple était rentré à Mont-sur-Marchienne, fin 1793, espérant se reconstruire auprès de son frère Philippe et de sa belle-sœur. Il avait 41 ans et avait vécu un an plus tôt un drame dont il ne se remettait pas. Sa jeune compagne, une personne de couleur, enceinte de 6 mois, venait de mourir dans une crise d’éclampsie. L’enfant n’avait pas survécu.

Depuis ses 25 ans, Augustin travaillait comme précepteur chez un riche négociant-armateur de Dunkerque, Léon Duchêne, qui avait 6 enfants. Augustin était apprécié pour ses qualités de pédagogue et pour la richesse de ses connaissances largement inspirées de la toute jeune Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. On l’appréciait aussi pour ses talents de sculpteur et de caricaturiste. 50 ans avant Honoré Daumier, il réalisait des petits bustes en terre de personnages divers pour amuser son entourage. Il était aussi engagé socialement et donnait gratuitement des cours à la paroisse aux enfants déshérités. Sans être particulièrement religieux, il entretenait une passion pour les Vierges Noires dont il aimait visiter les lieux de culte.

A l’âge de 40 ans, Augustin participa à un voyage de plusieurs mois à l’Îsle de France dans l’Océan Indien que faisait Léon Duchêne, avec ses deux garçons adolescents, pour visiter et réorganiser une plantation qu’il venait d’acheter. C’est pendant ce séjour qu’Augustin connut la jeune femme de couleur, fille d’un esclave affranchi qui travaillait dans la plantation comme régisseur. Leur idylle était secrète car totalement désapprouvée. La grossesse avait été cachée par la jeune femme, tant qu’elle le pouvait. Mais quand elle perdit connaissance un dimanche à la messe de 10h et qu’elle fut prise de convulsions pour, après une heure, expulsé un enfant mort et perdre la vie, la vérité éclata au grand jour et Augustin dut subir la colère et le rejet de la communauté noire autant que ceux de la communauté blanche. Quelques semaines après le drame, il embarquait sur un galion à destination de la France.

Philippe et sa famille accueillirent Augustin chez eux à Mont-sur-Marchienne. Philippe avait repris l’entreprise de menuiserie du père. Il avait deux ouvriers et un apprenti. Il travaillait pour le bailli de la ferme Château de la Torre et pour les moines de l’Abbaye d’Aulnes.

Augustin appréciait la sollicitude de son frère, de sa belle-sœur et de leurs deux jeunes enfants. Mais il se sentait déprimé, aux prises avec ses culpabilités. Il pouvait rester de longues heures seule, immobile, au bord de la Sambre à fixer l’eau courante.

La période était très trouble en ces années qui suivaient la révolution française de 1789. Les moines de l’Abbaye d’Aulnes vivaient dans le stress et l’angoisse car ils avaient eu vent des exactions des révolutionnaires contre l’Eglise. Ils avaient déjà fuit l’Abbaye en 1792 et en 1793, suite à de fausses alertes.

Dom Norbert, l’abbé de l’Abbaye, tentait de les rassurer. Mais il avait une autre préoccupation, toute personnelle. Il voulait restaurer et faire sienne une toute petite chapelle abandonnée depuis plus d’un siècle dans les sous-sols de l’église abbatiale. Elu Abbé en 1790, cette restauration était devenue une obsession. Début 1794, les boiseries venaient d’être restaurées par Philippe Frêne. Il restait une statue à remplacer dans une niche à gauche de l’autel, celle d’une Vierge à l’Enfant, trop abîmée pour pouvoir être restaurée.

Philippe suggéra à Dom Norbert de confier à Augustin la mission de réaliser une nouvelle Vierge à l’Enfant. Il fallut à Augustin 3 mois pour produire son interprétation de la Vierge à l’Enfant.

Le 14 mai 1794, Augustin aidé de Philippe installa dans la petite chapelle sa Vierge Noire à l’Enfant Blond dans la niche en bois prévue à gauche de l’autel.  Vers 14h00, Dom Norbert descendit dans la chapelle pour découvrir le travail d’Augustin. Ce fut un choc. Dom Norbert blêmit puis se mit à vociférer. Il accusait Augustin de blasphème, de péché, de désirs malsains et coupables. Toute liaison avec une personne de couleur était interdite à l’époque et condamnée fermement par l’Eglise. Dom Norbert intima d’enlever la statue et de la détruire. Mais au même moment, des moines entrèrent dans la chapelle en criant « les révolutionnaires sont là, il faut fuir ». Dom Norbert ordonna l’évacuation sur le champ de l’Abbaye par les moines. Augustin et Philippe, dans un tumulte invraisemblable, quittèrent eux aussi l’Abbaye.

L’après-midi du 14 mai 1794, les armées de la République saccagèrent l’Abbaye, la pillèrent et y mirent le feu. La destruction dura plusieurs jours.

Sur les hauteurs de Landelies, Augustin regardait l’abbaye détruite, toute fumante. Il entendait le brouhaha de villageois en train de charger dans des charrettes des pierres et autres matériaux extraits des ruines. Sa Vierge Noire à l’Enfant Blond était là ensevelie sous les gravas. Il ne ressentait rien. Son cœur était figé. Tout espoir l’avait quitté. Au dessus de sa tête volaient trois oiseaux bruns qui observaient la scène et entendaient sans juger. Dans les fourrés derrière lui se tenaient deux rats aux pattes et à la queue bleues qui l’observaient avec bienveillance et compassion.

Fait à Mont-sur-Marchienne, le 14 mai 2019

Guy M. Deleu

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