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Vieil homme déprimé

Vieillir est un fameux challenge à notre âge et tous les points de vue sont bien utiles, mon ami Michel 68 ans. 

A l’aube de mes 60 ans, je n’allais vraiment pas bien. Mon humeur était très sombre. Dans mes ruminations anxieuses, je me préparais à une catastrophe financière avec ma société médicale à 65 ans au moment de ma pension. Je me vivais comme un mauvais père et un mauvais mari. Physiquement, J’étais incommodé par un colon irritable, du prostatisme et une hernie hiatale. Mes activités de formateur voyageur avaient perdu de leur attrait. Je venais de terminer l’écriture de mon livre « Où nous mène la Réhabilitation Psychiatrique ». Mais cela ne m’apportait aucune joie. Mon estime de moi ne s’en trouvait pas grandi. Je me préparais à une vieillesse triste, sans joie et sans amour, déconnecté des autres.

Me former à la pratique de la Pleine Conscience allait sans doute améliorer les choses. J’ai suivi la formation de base de 8 semaines, début 2012. J’ai ensuite pratiqué avec assiduité la méditation en pleine conscience. Après plus d’un an de pratique formelle, je n’allais pas mieux. J’étais encore plus angoissé et triste et l’avenir me paraissait toujours très sombre voir catastrophique.

En été 2013, j’ai commencé à consulter un psychologue spécialisé en Pleine Conscience pour qu’il m’aide à mieux tirer profit de ma pratique. Début 2014, devant ma vision très négative de moi-même et mes autocritiques incessantes, il m’a suggéré de lire le livre « l’Auto-compassion, une méthode pour nous libérer des pensées et des émotions qui nous font du mal » de Christopher Germer. J’ai pratiqué assidûment 20’ matin et soir la méditation de l’Amour-Bienveillant proposée dans le livre et cela pendant plusieurs mois. Mais mon mal-être s’empirait et j’ai commencé à détester et à rejeter les phrases d’Amour-Bienveillant que je répétais machinalement.

Phrases d’Amour-Bienveillant:

– Que je sois en sécurité.

– Que je sois en paix.

– Que je sois en santé.

– Que je connaisse le confort du bien-être.

A partir de juin 2014, j’ai alors sombré dans ma première dépression majeure. J’ai perdu 8 kg en quelques semaines. J’ai développé des crises d’angoisse. Les ruminations dans ma tête ne s’arrêtaient plus, comme le bourdonnement continu d’un essaim d’abeilles. J’étais gorgé de cortisol et d’adrénaline à en électriser toutes les cellules de mon corps. La douleur morale ne me quittait plus. Et j’ai commencé à envisager le suicide. Mes proches ont réagi. J’ai alors consulté un psychiatre et j’ai pris pour la première fois de ma vie des antidépresseurs. Il m’a fallu plusieurs mois pour me remettre de cette dépression majeure.

Le buste de Vincent Van Gogh
Vincent et l'oiseau

Une fois en rémission, j’ai laissé de côté l’auto-compassion, mais j’ai continué à pratiquer la méditation en pleine conscience. J’ai aussi pratiquer la méditation bouddhiste à partir du livre de Mathieu Ricard L’Art de la méditation.

 

Après un an, j’ai arrêté mes antidépresseurs. J’allais mieux.

 

J’avais pris une année sabbatique au niveau de mes formations en Réhabilitation Psychiatrique. J’allais régulièrement à l’Abbaye de Maredsous faire des retraites de trois jours. Dans ma petite chambre de l’hôtellerie, j’ai travaillé sur les cours qu’on me proposait de donner comme Professeur Invité à l’UCL dans le cadre du Master en Santé Publique. J’ai notamment approfondi le sujet du Rétablissement dans les maladies mentales sévères.

 

J’avais aussi repris assidûment mes activités de sculpteur. J’ai réalisé des bustes de Vincent Van Gogh et notamment le buste en Bronze qui fut inauguré en novembre 2015 pour les 30 ans de l’Hôpital Vincent Van Gogh. Je rêvais de réussir en sculpture. Je rêvais d’avoir du succès et de vendre mes pièces.

Mais la dépression majeure est revenue en septembre 2016, profonde, avec des autocritiques incessantes et des idées suicidiares marquées. J’ai dû reprendre des antidépresseurs et il a fallu 4 mois avant que je me sente mieux. C’est dans ce contexte que j’ai créé le premier Rat Conteur qui a d’abord symbolisé la Rédemption et par la suite l’Auto-compassion.

 

Au sortir de ma seconde dépression majeure, j’ai lu le livre de Kristin Neff « S’aimer, comment se réconcilier avec soi-même ». Et cela a été une révélation pour moi.

D’abord, j’ai mieux compris l’origine des autocritiques et la possibilité de les apaiser et de les apprivoiser par une voix compatissante.

Et puis, l’Estime de soi ne met plus apparue comme la seule panacée pour accéder au bien-être. J’ai compris que lorsque j’entreprenais des projets, j’en attendais une sorte de rédemption. Une fois le projet réalisé je serais enfin libéré, content de moi et j’aurais de la valeur aux yeux des autres. Mais ce n’était jamais le cas. J’ai toujours eu une estime de moi fragile et instable que je tentais de rebooster par les attentes de résultats que j’avais des projets que je poursuivais. La pratique de l’Auto-compassion est vraiment une alternative heureuse à la lutte pour garder une bonne estime de soi.

“L’estime de soi est une évaluation positive de sa valeur personnelle, souvent basée sur des comparaisons avec les autres (se sentir « spécial » et supérieur à la moyenne ). Elle  a tendance à dépendre du succès. L’auto-compassion n’est ni un jugement, ni une évaluation. Elle est une manière de réagir face à ce que nous sommes en tant que personne en constante évolution, et cela avec gentillesse et acceptation, surtout lorsque nous échouons ou que nous nous sentons inadéquats” (Kristin Neff).

Le rat désespéré

J’ai pratiqué la pause d’Auto-compassion chaque fois que je ressentais des émotions difficiles. Je me donnais régulièrement de la bienveillance, du réconfort et de la compassion.

En décembre 2017, j’ai pris ma pension légale. Cela n’a pas été la catastrophe attendue au niveau de ma société médicale. Mes deux dépressions majeures m’avaient aidé à avoir une vision plus réaliste de ma situation et à être plus raisonnable au niveau de mes attentes. Elles m’ont aussi fait comprendre toute l’importance de mon entourage direct.

Je continue à travailler mais à temps réduit. Ma situation financière s’est éclaircie. Avec mon capital pension, mon assurance groupe et mes assurances vie, j’ai pu donner un coup de pouce à mes enfants pour l’acquisition de leur habitation respective. Je me suis senti un meilleur père. Je poursuis mes activités de sculpture, avec plaisir, sans attente de résultat. Mon univers mental est devenu plus apaisé.

En 2018, j’ai traduit avec un collègue le Manuel de travail de l’Auto-compassion en Pleine Conscience (The Mindful Self-Compassion Workbook) de Kristin Neff et Christopher Germer. J’ai ainsi pu perfectionner ma pratique de l’Auto-compassion. De début mars à la mi-mai 2020, pendant le confinement, j’ai suivi en Anglais la formation en ligne de 10 semaines du Center For Mindful Self-Compassion, centre de référence international attaché à l’Ecole de Médecine de l’Université de San Diego en Californie.

Avec cette formation, j’ai compris qu’il ne faut pas lutter pour pratiquer l’Auto-compassion. J’ai compris que l’Auto-compassion commence par être bienveillant et gentil avec soi-même dans la pratique même de l’Auto-compassion.

La phrase qui a changé la perspective que j’avais de la pratique de l’Auto-compassion c’est : Lorsque nous luttons, nous nous donnons de la compassion non pas pour nous sentir mieux, mais parce que nous nous sentons mal. Il ne s’agit donc pas de jeter des seaux de phrases d’Amour-Bienveillant sur ses angoisses et son mal-être pour les faire disparaître, mais bien de les regarder calmement, de les accepter et de les apprivoiser, cela avec bienveillance pour soi-même.

Mon objectif avec la pratique de l’Auto-compassion en Pleine Conscience aujourd’hui est de m’ouvrir à mes émotions dans ma vie de tous les jours. Au début de la formation que je viens de faire, j’étais à me demander si j’avais bien encore des émotions et si moi, l’intellectuel, je pouvais être à l’aise dans le ressenti des émotions.

Au fil de la formation, mon état d’esprit a changé face à ma capacité à ressentir mes émotions. Le challenge pour moi maintenant est de m’ouvrir à mes émotions, sans les fuir. Et pour cela, les outils de l’Auto-compassion m’aident.

Le temps est mitigé

L’Auto-compassion en Pleine Conscience va-t-elle m’empêcher de refaire une dépression majeure? Selon des études, après deux dépressions majeures, le risque de rechute est de 70 %. La pratique de l’Auto-compassion et de la Pleine Conscience permet de réduire de moitié ce risque. Il me reste donc 35 % de (mal)chance de refaire une rechute. La prudence s’impose et la poursuite d’un traitement médicamenteux antidépresseur préventif est à discuter.

 

Toutefois, l’espoir m’habite aujourd’hui d’une vieillesse plus heureuse et vécue pleinement. Je vois l’avenir comme une aventure à poursuivre dans laquelle je m’accepterai comme je suis et comme je serai et accepterai la vie comme elle est et comme elle sera, cela en m’ouvrant à mes émotions présentes et passées avec compassion pour moi-même et pour les autres.

 

 

Mont-sur-Marchienne, le 9 juin 2020.

 

 

 

Guy M. Deleu

www.guydeleusculpteur.com 

 

Le Rat Conteur symbolise l'Auto-compassion

 

Le Rat Conteur symbolise l'Auto-compassion. Il nous aide à retrouver notre chemin dans le labyrinthe de nos constructions mentales.

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